Miracle de la guérison d’un sourd et muet

(ndlr : j’ai d’abord fait une transcription de ce document « Copie d’un verbal faict sur un miracle de la guérison d’un sourd et muet » puis un résumé en essayant de garder un maximum les tournures de phrases pour rester dans le style)

Le samedi 26 juillet 1636, jour de la fête de Sainte Anne en la ville de Bagnols Diocèse d’Uzès, Jean Le Maire chanoine et vestiaire en l’église cathédrale d’Uzès, prieur de Bagnols était dans sa maison lorsqu’à la pointe du jour se présente Monseigneur Elsias Barriols Docteur en droit de la même ville, qui lui dit que le muet et sourd à qui Dieu donna miraculeusement la parole et l’ouïe le vendredi 4 jour de ce mois, sur le grand chemin venant d’Avignon, arriva hier au soir en cette ville, et il en veut partir après avoir ouï la messe et rendu grâce à Dieu en l’église paroissiale.

Le chanoine Jean Le Maire descend en l’église où il célèbre une messe basse en la chapelle Sainte Anne, le muet l’a dévotement entendue.

Il va ensuite attendre le muet sur le grand chemin d’Avignon, le voit sortir de la ville avec trois autres hommes d’Avignon tous à cheval, et l’ayant abordé et salué il lui demande de lui montrer précisément le lieu du miracle fait en sa personne.

Le muet répond qu’en passant il fera volontiers voir ce lieu.

Après s’être avancés d’environ deux mille pas, le muet descend du cheval, met les deux genoux à terre fait une prière avec très grande ferveur. Puis s’étant levé, dit que le vendredi 4 juillet il partit d’Avignon pour conduire à Lyon quatre chevaux que Maître Claude de La Ville, voiturier, son maître, avait loué à deux marchands de Lyon, et que n’ayant pu suivre à pied lesdits marchands, il s’arrêta en un endroit, et là, vers midi, il reçut de la pure bonté de Dieu la parole et l’ouïe et, il ne lui fut possible de passer outre, ni d’en bouger et y demeura l’espace d’une heure extrêmement affaibli, et jusqu’à ce que le ladre des Maladières le rencontra étendu sur le chemin à demi mort, lui donna à manger et à boire, et l’emporta sur sa jument en la ville au logis de l’Ange, où étaient les deux marchands qu’il suivait. De là, le groupe s’avance d’environ 90 pas, le muet se prosterne encore à terre, et y fait une autre prière très fervente, à genoux le visage tourné vers le levant et s’étant levé dit que ce fut entre ses deux oliviers qu’il plut à la bonté et miséricorde de Dieu de lui donner l’ouïe et la parole. Il vit du côté du levant une femme vêtue de blanc étant comme les autres, et soudain s’étant tourné il sentit et aperçut derrière elle et à ses pieds un fort petit enfant habillé de blanc, pieds nus qui le saisit et lui mit une main à la poitrine et l’autre aux reins le renversa par terre, il fut alors tout ébloui et troublé il sentit des grands remuements en sa bouche et de grands bruits dans ses oreilles.

S’étant levé de terre l’enfant lui pris sa main droite, la porta sur son front et lui fit dire en faisant le signe de la croix In nomine patris et filii et spiritus sancti amen, lui fit aussi dire le pater l’ave Maria et le credo et lui dit vivement ses mots : remercie Dieu, prie Dieu, souviens-toi de Dieu et refais le plusieurs fois en langage commun, et après disparut.

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Vierge à l’enfant, Place Auguste-Mallet – Bagnols-sur-Cèze

Il ne sait pas son nom ni son âge, il parait environ 17 ans, ni le nom de ses parents, ni le lieu de sa naissance ayant été porté jeune enfant au lieu de Montpezat en Vivarais où il a demeuré plus de six ans en demandant l’aumône et en gardant le bétail d’un hôte au lieu de Champagne paroisse dudit Monpezat et, à présent, sert de valet au logis dudit Maître Claude de La Ville rue de la Grande Carreterie en Avignon y ayant demeuré environ deux ans conduisant d’ordinaire les chevaux de louage à Lyon, Aix, Marseille et autres lieux, et qu’avant le miracle il n’avait jamais ouï, ni parlé non plus qu’une pierre.

Ses compagnons Maître André Abert hôte de la pomme d’or, Jacques Vole taffetatier et Pierre Fabre valet d’étable tous d’Avignon qui sont venus avec lui ont dit que pendant le temps que le dit muet a demeuré en Avignon il a été toujours muet et sourd. Sur le chemin passa un marchand d’Aubenas nommé Jean de Missols venant de la foire de Beaucaire lequel s’arrêta, et attesta qu’il y avait plus de huit ans qu’il avait vu ce jeune garçon muet qui demandait l’aumône par signes et gestes.

L’an 1637 Jean Le Maire chanoine fut commis par Monseigneur l’Archevêque d’Avignon pour faire la vérification dudit miracle. Il alla avec ledit muet à Montpezat la veille de la purification. Au logis où ce pauvre garçon se retira l’hôte et l’hôtesse le voyant et l’entendant parler furent ravis de joie.

Jean Le Maire parla aux consuls et autres officiers de Montpezat, et aux personnes de condition. Tous accoururent voir ce pauvre enfant, l’embrassant, bénissant Dieu de ce miracle. Ces personnes de condition assurèrent avec jurement, que ce garçon était véritablement sourd. Le lendemain Jean Le Maire dit la messe en une chapelle hors du lieu de Montpezat, il y avait environ 300 personnes, il leur demanda s’ils avaient connu durant 6 ou 7 ans ce pauvre garçon, qu’il montra avec la main, et s’il était et sourd et muet, tous se mirent à crier hautement : oui, oui, oui et tous dirent ô le grand miracle chacun lui voulait parler, chacun le caressait. Ce pauvre garçon dit que lorsqu’il reçut la parole et l’ouïe, il eut parlé toutes sortes de langues.

Quand les marchands de Lyon furent arrivés ils le firent voir à Monsieur d’Alincourt qui lui demanda comment il s’appelait, il lui dit : qu’en sais-je, qui est son père, son pays : j’en sais rien. Alors Monsieur d’Alincourt lui dit : va mon enfant, je te donne mon nom, tu t’appelleras Jean d’Alincourt et lui mit une pistole dans la main.

Ce pauvre enfant ne reconnut pas la grâce que Dieu lui avait fait, il jurait misérablement, Dieu l’a châtié, car on dit qu’il accompagnait les hardes de Monseigneur le Cardinal Antoni[?]1 sur mer, et qu’il fut pris par les turcs. Il sera facile à Monseigneur le prieur de Conti de savoir s’il est esclave à Constantinople comme ont dit les religieux qui les rachètent.

Voilà la vraie histoire de ce miracle.

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« Copie d’un verbal faict sur un miracle de la guérison d’un sourd et muet » (extrait)
GG48 – Archives municipales de Bagnols-sur-Cèze

Texte original rédigé à Bagnols 16 avril 1654 par Gauteri prêtre des pauvres.

1 : manque un caractère dans le document original

Sources et photos : Archives municipales de Bagnols-sur-Cèze

 

Billet rédigé par Sylvie Dallier-Prinzivalli (Promotion Nulsifrotte - 2017)

 

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4 commentaires sur “Miracle de la guérison d’un sourd et muet

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