Bail d’entretien des vitres du temple de Castres

« Le 17 octobre 1657, devant M[aîtr]e Pierre Bouffard, notaire de Castres, Jacques Baudecourt, marchand, en qualité de trésorier de l’église chrétienne prétendue réformée, baille à Etienne Ichié, M[aîtr]e vitrier de Castres, l’entretien de toutes les vitres du temple de Castres et de Vialegoudou,

tant des galeries que du parterre sans y excepter aucune pour le temps et terme de 5 ans, commençant ce jourd’hui et finissant à pareil jour, pour et moyennant la somme de 8 livres chacun an, moitié au commencement de l’année et moitié six mois après.
Etienne Ichié s’oblige à entretenir et à « condroiter » en bon état toutes les vitres et mesurera qu’il n’y aura aucun carreau de cassé ou d’en mettre un autre de telle sorte qu’il n’en manque jamais un. Il devra fournir tout le verre et autre chose qui en seront nécessaire le tout à ses dépens, les nettoyer et laver quand elles en auront besoin et à la fin de 5 ans les laisser en bon état comme elles sont maintenant, pour raison desquelles il lui a été payé 30 livres. »

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Extérieur du Temple de Castres

Essayons de comprendre le pourquoi de ce bail.

Quand le protestantisme apparaît en France, un problème se pose assez vite. Il lui faut des lieux de culte. Les premières assemblées rassemblent peu de monde. De ce fait, elles se déroulent chez des particuliers. Mais très vite il est nécessaire de trouver des locaux plus vastes. Des solutions très diverses sont alors trouvées : bâtiments civils, salles de châteaux, église transformée en temple. Mais cela pose cependant problème.

L’ordonnance de l’Église de Hesse, en 1526, nous dit : « Nous exhortons tous les fidèles à participer à la prière et à la lecture publiques, régulièrement et avec zèle et de même à la Cène du Seigneur. Ces actes ne seront plus désormais accomplis dans le chœur, mais au milieu de l’église. »

Avant d’aller plus loin dans la description des temples de cette époque, voici tous les éléments classiques des églises qui n’ont plus de sens ou, pire, sont marques d’idolâtrie pour les protestants : Le chœur, le jubé, le maître autel, le ciborium, le tabernacle, le baldaquin, les autels latéraux et les chapelles latérales, le déambulatoire, les reliquaires. Rien, absolument rien ne doit rappeler un sanctuaire catholique. Un temple n’est pas un lieu sacré, mais d’abord un lieu de réunion où il importe que la parole soit entendue.

La plus grande vague de construction de temples à l’époque se situe entre 1580 et 1600, donc entre la paix de Bergerac (17 septembre 1577), signée entre Henri III et les protestants pour mettre fin aux guerres de religions qui ont ensanglanté le royaume, et la signature de l’Edit de Nantes (30 avril 1598).

Les plans des temples ont des formes assez simples : ronde, ovale, polygonale, basilicale, rectangulaire. L’apparence extérieure du bâtiment, plus ou moins somptueuse en fonction de l’importance et de la richesse de la communauté, ne doit pas être confondue avec une église catholique. Le temple n’est pas un lieu sacré mais celui où Dieu se rend présent lorsque la communauté est réunie.

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Le Grand Temple de La Rochelle

Le nombre assez important de portes dans les temples permet de faciliter l’entrée et la sortie des fidèles, mais ont aussi un sens symbolique. Les portes vont en effet souvent par deux ou par trois.

Une autre particularité des temples réformés, et c’est celle qui nous intéresse ici, est la présence de grandes fenêtres, en principe transparentes. D’où ce contrat de bail à entretenir les vitres du temple. Les plus pauvres doivent se contenter de les couvrir de parchemin mais on trouve généralement du verre blanc. L’essentiel est que la lumière soit abondante à l’intérieur du temple. Là encore il y a des raisons pratiques : la nécessité de bien voir le prédicateur, de lire le texte des prières et des psaumes… Mais la lumière ne doit pas converger vers des endroits particuliers qui seraient ainsi mis en valeur.

En effet la raison d’être principale de ces vitres est d’ordre symbolique: Dieu est lumière ; invisible, Sa Révélation peut être montrée via la lumière qui apparaît progressivement et inonde le temple, partout. Nous avons donc là un parti pris théologique.

Enfin, nous pouvons trouver une ou deux galeries reposant sur des colonnes ou des corbeaux. Elles permettent à la fois une bonne acoustique et une vue dégagée sur la chaire, pour les hommes auxquels elles sont réservées.

Sur le sol, généralement en terre battue, prennent place des bancs souvent placés en amphithéâtre.

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Temple de Lyon, tableau de Jean Perrissin réalisé en 1569-1570 – Musée International de la Réforme, Genève

Pour finir, les autres éléments de décor sont :

les tables de la Loi ;
des versets bibliques inscrits sur les galeries ou au-dessus des portes ;
des armes de la ville ou du roi ;
la chaire.

La majorité, pour ne pas dire quasiment tous, des temples français des XVIe-XVIIe siècles ont été détruits. En effet, à partir de 1679, un processus d’étouffement du protestantisme se met en place, dès avant la révocation de l’Edit de Nantes donc. Parmi ce processus, nous avons la suppression des assemblées locales protestantes et du synode national ainsi que le réexamen des droits des temples. Ce qui va amener la destruction d’un temple sur deux. Les autres temples seront détruits après la révocation.
Nous avons aussi conservé peu d’archives ou de plans de ces édifices et peu de traités d’architecture les mentionnent dont l’ouvrage intitulé « Des Fortifications et Artifices » de Jacques Perret qui date de 1601.

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Intérieur du temple de Castres
Billet rédigé par Stéphane COSSON, Professeur de Généalogie, Université de Nîmes

 

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