Scandale à l’église la nuit de Noël…

L’anecdote du jour concerne deux jeunes bergers du village de Théza, au sud de Perpignan (Pyrénées Orientales) : Guillem BRIANT et Bernat TARRADA(1).

Cassini

Les faits se déroulent à la nuit de noël de l’année 1681, pendant la messe de minuit, célébrée dans l’ancienne église St Pierre du village(2).

Ancienne église St Pierre Théza début XXè s.
Dans un premier temps, la messe se passe sans incident : le curé, Marcell CORRAGER, officie devant une assistance certainement composée de la plupart des habitants du village. Cependant, à un moment donné, nos deux jeunes bergers veulent faire preuve d’un zèle tout particulier : voulant avoir chacun l’hostie en premier, il se retrouvent cote à cote devant le curé. Aucun des deux ne voulant céder la place à l’autre, la dispute démarre et très vite, ils en viennent aux mains, allant jusqu’à s’arracher les cheveux…Tout cela, bien entendu sous les yeux des fidèles scandalisés.
D’ailleurs, on n’a pu que difficilement les séparer. La suite de l’histoire de nous dit pas comment finit la messe, mais ce fut certainement dans une tension bien palpable…

Intérieur Ancienne église St Pierre S.D

Un tel sacrilège, à une période de l’année ou l’on est plutôt censé faire communion autour de Dieu, se devait d’être puni.
C’est ainsi que, dès le lendemain, 25 décembre, la cour de justice de Théza est saisie de l’affaire. En effet, chaque seigneurie, chaque village possédait sa cour de justice. Bien sur, leur cadre était très restreint : uniquement le territoire local et seulement pour de petites infractions. Le seigneur de Théza, membre d’une des grandes familles de la noblesse Espagnole(3), nommait les officiers de cette juridiction, généralement choisis parmi les juristes de Perpignan : un juge, un avocat fiscal, un procureur fiscal, un assesseur et un greffier. Ces personnages formaient ainsi ce que l’on appelle la « cour du Batlle de Théza »(4).

Le 5 janvier suivant, les accusés sont donc assignés à comparaître devant le juge pour répondre de leurs actes. C’est ce qu’ils font quelques semaines plus tard : Guillem BRIANT, le 22 janvier et Bernat TERRADAS, le lendemain. Tous deux reconnaissent leurs torts dans les moindres détails. A tel point qu’il n’est même pas nécessaire de contrôler leurs dépositions par l’audition d’autres témoins des faits ! C’est probablement cette attitude qui entraîne une sentence du juge somme toute magnanime puisqu’ils n’auront à payer qu’une amende « en réparation et satisfaction de l’irrévérence tenue dans la dite église ».

La destination de celle-ci est double :
– en réparation du « grand préjudice du Haut Divin et par scandale de la population », les deux protagonistes devront verser chacun 10 livres (environ 4 kilos) de cire blanche aux marguilliers(5) de l’église de Théza afin d’illuminer cette dernière au cours des cérémonies qu’ils choisiront.
– en dédommagement des frais engagés lors de ce procès, ils devront aussi payer 6 livres d’amende en monnaie de Perpignan. Cette somme sera ainsi partagée entre les officiers de la cour de justice (leur seul salaire) et le paiement de fournitures telles que le papier (assez cher à cette époque), l’encre, l’envoi et l’enregistrement de courriers etc…

Ces sommes, assez importantes pour de simples bergers, ont probablement calmé leurs ardeurs et gageons qu’il n’ont pas recommencé de sitôt ! En tout cas, voilà un cas de justice équitable sous les rois de France qui semble montrer un fonctionnement exemplaire.

 

(1) : Archives Départementales 66 – 3E9/65

(2) : Quelques vestiges sont encore conservés au pied du château d’eau.

(3) : Cette famille est celle des FERNANDEZ de Cordova, comtes de Torralba et de Talhara, marquis de Fuentès.

(4) : Le Batlle avait pour rôle de veiller au bon respect des intérêts du seigneur au sein de la communauté villageoise. Dans un certains sens, il est l’ancêtre du maire.

(5) : Les marguilliers étaient les membres du conseil de paroisse que l’on nommait alors la marguillerie.

 

Billet rédigé par Stéphanie RAGARU (promotion Charlie)

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