Chasse aux Sorcières au XVIIe siècle

Au début du XVIIe siècle, à la suite suite des édits spécifiques de 1592 et 1606 publiés aux Pays-Bas espagnols, la châtellenie de Bouchain[1] est le théâtre d’une intense chasse aux sorcières.Robert Muchembled qui a étudié ce sujet écrit[2] : « Une véritable folie répressive peut en effet s’emparer de toute une région. Le 7 juillet 1612, le lieutenant de la châtellenie de Bouchain, en Hainaut, écrit au Conseil privé des Archiducs des Pays-Bas, que

« ceste contrée se trouve estrangement infectée de gens abandonnez et subjectz au diable, de tout eaige et des deux sexes, de manière que depuis deux ans j’en ay convaincu plus de quattre vingtz en ceste ville et en six villaiges, oultre grand nombre de suspectez et banniz et d`aultres quattorze présentement prisonniers » …/…

Le lieutenant de Bouchain fait donc un rapport exact en 1612. Il est personnellement responsable de cette frénésie de persécutions, en décidant d’une application stricte de l’ordonnance de 1606, puis en assurant efficacement les poursuites contre les complices dénoncés par les premiers condamnés.
Mais les épidémies de persécution ne prennent une telle ampleur que par suite d’une véritable phobie qui s’empare des habitants des lieux prétendument infectés, lesquels viennent témoigner en masse contre les magiciens qui résident sur leur sol.
De ce fait, les poursuites sont limitées à deux villes, Bouchain et Denain, et à six villages. ».

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Extrait de la carte de Cassini

C’est dans ce contexte qu’en janvier 1615, dans l’un de ces six villages, Féchain, petite paroisse de deux-cents âmes, Marguerite LE MAIRE, femme de Matthieu DELMOTTE, est accusée de crime de sorcellerie. S’ensuit un procès à l’issue duquel, reconnue coupable, elle est condamnée au bûcher.
Dans le cadre des procès pour sorcellerie, les accusés étaient soumis à la question. Les aveux ainsi obtenus avaient valeur de preuve de culpabilité. Sous la torture, les suppliciés avouaient ce que voulaient entendre les juges et notamment l’identité de leurs prétendus complices : connaissances, voisins, amis ou parents.
C’est probablement suite à une telle dénonciation que Marie de DECHY, la sœur de mon ancêtre Jean, alors âgée d’une cinquantaine d’années, se retrouve accusée à son tour. Nous ne disposons ni des éléments de l’enquête, ni des pièces de la procédure, mais nous pouvons reconstituer les étapes de cette affaire à partir du relevé des dépenses y afférentes consignées dans les registres comptables du domaine de la châtellenie de Bouchain[3].

Le jeudi 12 mars 1615, Robert LE COMTE, sergent de la châtellenie de Bouchain et Jacques HUET, greffier de son état, se rendent à Féchain pour « tenir informations sur la vie et renommée de Marie de Dechy, veuve de Gilles Cordier », cette dernière étant soupçonnée de « crime de sortilège ».
Pendant trois jours, le sergent, le greffier et les hommes de loi du village, mayeur et échevins, vont mener leur enquête et recueillir les témoignages à charge.

De retour à Bouchain les deux officiers remettent leur rapport à trois conseillers avocats de la cour souveraine de Mons. Ces derniers se réunissent le 18 du mois et concluent que les charges sont suffisantes pour poursuivre la suspecte.
Simon HAUET, sergent et geôlier, se rend le 20 mars à Féchain pour appréhender Marie de DECHY et la ramener à Bouchain où elle est emprisonnée.
Le 29 mars, Maître Nicolas de LANNOY, venu exprès de Cambrai pour la soumettre à la question, arrive au siège de la châtellenie. Le lendemain, Marie est torturée, et passera aux aveux à son deuxième jour de supplice.

Sur la base de ses confessions, Robert Le COMTE et Jacques HUET retournent à Féchain les 3 et 4 avril pour entendre à nouveau les témoins.

Quatre jours plus tard, les officiers et les conseillers avocats de la cour de Mons réunis à Bouchain ont alors tous les éléments pour juger Marie coupable de crime de sorcellerie.

Le 9 avril, un sergent va quérir le bourreau de Cambrai. Le lendemain, Marie, accompagnée d’un prêtre jacobin de Douai chargé de l’assister dans ses derniers instants, est conduite sur un chariot jusqu’au bûcher érigé sur le lieu de la justice de Féchain. Là, devant les hommes de loi et les habitants réunis, elle est étranglée, geste charitable destiné à abréger ses souffrances, puis brûlée. dechy2
Et tandis que son corps se consume, bien avant que ses restes ne soient enterrés dans une fosse creusée à cet effet, le lieutenant, le greffier et les autres magistrats s’en retournent pour aller banqueter, comme de coutume, aux frais de la communauté villageoise.

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A.D. Nord, B 11220, fo. 276 vo., extrait : « paiement pour les chandelles et le bois nécessaire à l’interrogatoire et au bûcher »

Les procès ne s’arrêtent pas là puisque de rumeurs en accusations, de tortures en dénonciations c’est tout l’entourage des accusés qui est inquiété. Nous trouvons par exemple Robert et Étienne DELMOTTE, les fils de Marie LEMAIRE, exécutés par le feu en février et mars ou bien encore Péronne CORDIER, une des filles de Gilles et de Marie de DECHY, qui, accusée à son tour, n’avoue rien sous la torture échappant ainsi au bûcher, mais pas au bannissement.

Et comme s’il fallait boucler la boucle, c’est Mathieu DELMOTTE, le mari de Marguerite LEMAIRE qui est le douzième et dernier accusé de sorcellerie dans ce village et condamné à être banni le 2 décembre 1615…

 

[1] Actuel département du Nord (59).
[2] Muchembled Robert. L’autre côté du miroir : mythes sataniques et réalités culturelles aux XVIe et XVIIe siècles. In : Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 40e année, N. 2, 1985, pp. 288-305.
[3] A.D. Nord, B 11220, folios 274-276.

Billet rédigé par Fabrice DECHY (promotion ColNem 2016-2017)
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2 commentaires sur “Chasse aux Sorcières au XVIIe siècle

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  1. Merci pour cet article passionnant, qui donne envie d’en savoir plus. C’est épouvantable ce que la bêtise, l’ignorance et la malveillance peuvent engendrer. Hier, pour sorcellerie et aujourd’hui pour blasphème, des gens sont emprisonnés, condamnés et parfois torturés. Nihil novi sub sole…

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