X comme Renverser la Ribaude (classé X, quoi !) #ChallengeAZ

La « Liste de tous les prêtres trouvés en flagrant délit chez les filles publiques de Paris sous l’Ancien Régime » est un document imprimé en 1790, trouvé en fouinant Gallica. Cette liste est tirée des papiers trouvés à la Bastille, dans les registres de la police de Paris. Elle nous donne le nom et la qualité des religieux ainsi que le lieu où ils ont été pris en flagrant délit.

Nous sommes en pleine Révolution Française et l’introduction de cette liste publiée est une attaque en règle contre la religion, ennemie irréconciliable de la raison et de la justice selon son auteur. Les prêtres sont considérés comme des persécuteurs acharnés de la cause du peuple.

En montrant au vu et au su de tous cette liste, son auteur espère qu’ainsi les prêtres vont se marier. Car ils ne vont plus ainsi courir la ribaude et deviendront d’honnêtes citoyens révolutionnaires répondant aux doux sentiments de la nature pouvant donner l’exemple des vertus domestiques.

Plutôt que de m’intéresser au mariage des prêtres, je me suis dit qu’il serait plus intéressant de porter le regard vers ces prostituées, de voir où elles habitaient et comment étaient décrits ces actes charnels dans lesquels les prêtres étaient surpris par une troupe de commissaires, d’inspecteurs et de mouchards se présentant la plume et l’écritoire à la main pour poser leurs questions au prêtre dans une position le plus souvent gênante.

1/Etymologie.

Au départ, les ribauds sont un corps de soldats dans les armées de Philippe Auguste qui avait la charge de mettre hors de la maison du roi ceux qui ne devaient ni y manger ni y coucher. Eh oui, ce sont au départ des hommes et nous sommes bien loin de la prostitution ! Pour cela, les soldats faisaient visite tous les soirs dans tous les recoins du palais. Mais dès l’époque de Saint Louis, être qualifié de « ribaud » était une injure tellement, par suite de ses débordements, ce corps militaire s’était discrédité.

Le roi des ribauds avait juridiction sur les jeux de dés et les bordels qui étaient dans l’armée et la chevauchée du roi, bordels dans lequel on trouvait donc les ribaudes, c’est-à-dire les prostituées sur lesquels ils veillaient.

2/Petite histoire de la prostitution 

En 1256, les ribaudes sont reléguées hors des murs de la cité, loin des cimetières, des églises, des lieux saints et des lieux de rassemblements. D’où le terme de bordel (c’est-à-dire au bord des fortifications).

Elle est institutionnalisée au XIVème siècle quand sont construit des établissements tenus par des bourgeois ou ecclésiastiques payant loyer aux autorités. Volets clos, les heures d’ouverture sont signalées par une lanterne rouge allumée. Elles sont alors entièrement intégrées dans la société.

Le XVIème siècle voit le retour de la rigueur. C’est le moment de la syphilis et de la Réforme. L’ordonnance de 1561 en fait une activité illicite.

Louis XIV en 1658 ordonne l’emprisonnement à la Salpêtrière toutes les femmes coupables de prostitution, fornication ou adultère jusqu’à que les religieux responsables les estiment repenties et changées.

Le lieutenant général de police est créé en 1667. Il est chargé notamment de la surveillance des mœurs et des filles publiques. Vingt ans plus tard, Louis XIV ordonne que toutes les femmes de petites mœurs se trouvant à moins de deux lieux de Versailles, ou en compagnie de soldats, aient le nez et les oreilles coupés. Elles doivent corriger leurs mœurs par le travail et la piété.

 

Le 26 juillet 1713, la débauche publique est punie d’amende. La prostitution est alors punie de bannissement ou emprisonnement.

Enfin, le 6 novembre 1778 le racolage est interdit sous toutes ses formes sous peine que les femmes soient rasées et enfermées à l’hôpital. La liste est rédigée alors que ce racolage est toujours interdit. Les lois de la Révolution Française ne sont pas encore passées par là.

3/Les lieux de la prostitution à Paris :

centre des plaisirs de Paris
Le « marché aux putains » : économies sexuelles et dynamiques spatiales du Palais-Royal dans le Paris révolutionnaire / Clyde Plumauzille. – Genre, société et sexualité, automne 2013

Cette liste nous donne plusieurs rues de Paris connues au XVIIIème siècle. Elles se répandent sur plusieurs arrondissements, dont voici la liste exhaustive :

1er arrondissement : Rue de l’Arbre-Sec (Réputée depuis 1290 pour les tarifs les plus bas pratiqués par les professionnelles de la prostitution).Rue Croix des Petits Champs. Rue Saint Honoré. Rue du chantre (ancienne). Rue du Cul de sac du coq. Rue des Vieilles Etuves Saint Honoré. Rue Montorgueil. Rue Comtesse d’Artois. Rue Fromenteau. Rue Jean Saint Denis. Rue plâtrière. Rue de Grenelle Saint Honoré. Rue Saint Thomas du Louvre. Rue Saint Nicaise. Rue de Beauvais. Rue du Cul de sac des Pères de l’Oratoire. Place du palais royal. Rue d’Argenteuil.  Rue Pagevin. Rue des poulies. Rue des frondeurs. Rue du four Saint Honoré. Rue du Pélican (qui n’a rien à voir avec l’animal mais est une déformation de poil-au-con, le con désignant le sexe féminin). Rue du Coq Saint Honoré. Rue des Deux Ecus. Rue de Richelieu.

2ème arrondissement : Rue Tiquetonne (suit les anciennes fortifications de Philippe Auguste). Rue Pavée Saint Sauveur. Rue Tire-Boudin (anciennement tire-vit, le vit étant le sexe masculin). Rue Thévenot. Rue Basse porte Saint Denis. Rue de Cléry. Rue Montmartre. Rue de Bourbon-Villeneuve.

3ème arrondissement : Rue du grenier Saint Lazare. Rue de l’Oseille.

4ème arrondissement : Rue des Ecouffes Saint Antoine. Rue Barre du Bec. Rue des Nonnains d’Hyères. Rue du Figuier.

5ème arrondissement : Rue du Battoir. Rue de la Harpe. Rue du Foin Saint Jacques. Rue Contrescarpe. Rue de la Harpe. Rue des prêtres Saint Séverin. Rue Mâcon.

6ème arrondissement : Rue Guénégaud. Rue Saint-Germain-des-Prés. Rue des Boucheries. Rue Mazarine. Rue des Quatre-Vents. Rue Saint André des Arts. Rue de Seine. Rue des Fossés de Monsieur le Prince. Rue Mazarine.

7ème arrondissement : Rue Champfleury.

8ème arrondissement : Rue des Boucheries Saint Honoré.

10ème arrondissement : Rue Beaurepaire.

12ème arrondissement : Rue Traversière. Enclos des Quinze-Vingt.Palais Royal

On voit que les lieux sont pour la plupart proches du Palais Royal et du Faubourg Saint Honoré, hauts lieux de la débauche à l’époque. De l’autre côté de la Seine, nous nous trouvons le long de l’actuel boulevard Saint Germain qui a détruit par son percement un certain nombre de ces rues. Sous la Régence, ce Faubourg devient le quartier à la mode, quand le Marais amorce son déclin. C’est le quartier qui s’urbanise alors de plus en plus. Et là encore, nous sommes proches du Palais Royal, même s’il y a la Seine et l’île de la Cité entre les deux.

Les lieux de prostitution sont donc là où il y a le plus fort peuplement parisien, centrés autour de l’île de la Cité qui se trouve au milieu.

le marché aux putains
Anonyme, Chit-chit ! Tiré du cabinet du citoyen Darlet, 1793 (BNF, département Estampes et photographies)

4/Mais que font-ils donc ces prêtres ?

Les policiers se font une joie de décrire le plus précisément possible l’action dans laquelle ils ont surpris les religieux. Mais aussi ils donnent les noms des jeunes filles avec qui ils le font et de leurs maquerelles. L’auteur de la liste se demande même si celles-ci ne sont pas d’accointance avec les mouchards. Si elles dénoncent ce qui se passe, peut-être la police va-t-elle les laisser tranquille et qu’elles pourront poursuivre leur commerce ?

Ainsi ces pauvres religieux peuvent :

  • Etre déculotté
  • Faire des attouchements sur la gorge
  • Faire des attouchements charnels
  • Etre manualisé
  • Etre manualisé sans parvenir jusqu’à une parfaite pollution
  • Etre manualisé jusqu’à effusion de semence
  • Etre manualisé jusqu’à la pollution
  • Polluer
  • Se polluer soi-même
  • S’amuser
  • S’amuser manuellement
  • S’amuser sans s’être conjoint
  • S’amuser charnellement
  • S’amuser charnellement sans avoir consommé la copulation
  • S’amuser charnellement jusqu’à copulation
  • Mettre leur membre viril dans la bouche de la demoiselle
  • Voir sans éjaculation
  • Voir charnellement
  • Voir charnellement jusqu’à copulation
  • Voir charnellement jusqu’à parfaite copulation
  • Connaître charnellement
  • Connaître charnellement jusqu’ à copulation
  • Consommer l’action
  • Etre fouetté.

A chaque fois, la police attend que l’action ait eu lieu pour pouvoir entrer et surprendre, quitte à le gêner, le religieux en flagrant délit.
Je ne vais pas vous en dire plus et vais vous laisser imaginer le reste…

 

Source image à la une : Gravure pour «Thérèse philosophe», 1785, de Boyer d’Argens.

Billet rédigé par Stéphane COSSON, généalogiste professionnel depuis 17 ans.
Chargé de cours à l'université de Nîmes depuis 6 ans. 
Gentil mais empêcheur de tourner en rond.
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