S comme Sortie de Territoire #ChallengeAZ

Les ancêtres de ma famille côté maternel, tous originaires d’Afrique du Nord, m’ont amené à diriger mes recherches vers le Centre des Archives Diplomatiques de Nantes (ou CADN).
Un jour d’été 2013 où la chaleur étouffante de la ville empêchait toute activité extérieure sous peine de déshydratation immédiate, j’ai poussé la première fois la porte de ce bâtiment situé 17 rue du Casterneau à Nantes. Je savais que la salle de lecture serait climatisée !
CADNCette antenne du Ministère des Affaires Etrangères, créée en 1987, contient en son sein 30 km d’archives des représentations de la France à l’étranger du XVIe au XXe siècle.
Il existe également un autre dépôt des archives diplomatiques à La Courneuve où on peut trouver les Archives de l’administration centrale des Affaires étrangères (le Quai d’Orsay). La carte de lecteur éditée à Nantes permet d’y accéder aussi.
Des visites guidées pour le site de Nantes sont proposées sur réservation, un mercredi par mois sauf pendant l’été, afin de découvrir le fonctionnement du site, de voir les réserves et de contempler certains « trésors » liés à notre histoire ancienne ou très récente. Le Centre est également ouvert durant les Journées européennes du patrimoine.
On y retrouve différents type de documents comme :
– les registres et dossiers d’immatriculation : enregistrement des Français et des ressortissants protégés par la France à l’étranger
les dépêches : correspondance politique ou consulaire entre le poste et le ministère
les télégrammes diplomatiques : forme principale de la correspondance de la fin du XIXe siècle jusqu’à 2014.
Il ne faut pas confondre cette antenne du Ministère des Affaires Étrangères avec le Service Central de l’Etat Civil, lui-aussi basé à Nantes au 11 rue de la Maison Blanche. Ce dernier est compétent pour tous les événements d’état civil survenus à l’étranger ou dans les territoires anciennement sous administration française (actes de moins de 100 ans pour l’Algérie par exemple), et qui concernent des ressortissants français (naissance, reconnaissance, mariage, divorce, adoption,…). Il procède également à la mise à jour de ces actes par apposition de mentions et en délivre des copies et des extraits (cliquez ici pour établir une demande d’acte).

Pour vous y rendre, attention ! Comme il s’agit d’un bâtiment ministériel, il y a un contrôle d’identité avec passage au scanner de vos sacs et blousons + détecteur de métaux à l’entrée. Vous n’y rentrerez pas comme aux Archives Départementales…

Mon objectif : retrouver la trace du possible passage en Tunisie de Rachel ATTAL, ma Sosa 25 (mon arrière arrière grand-mère), et de sa famille, partis selon un acte d’Etat-Civil retrouvé sur le site des Archives Nationales de l’Outre-Mer (ou ANOM), carte Tunisiede Tripoli de Barbarie (en actuelle Libye) vers Bône (maintenant Annaba) en Algérie, alors devenue française depuis peu.
Je ne savais pas trop où commencer… Existait-il un poste diplomatique français à Tripoli ?
Les archives ont-elles survécu avec le temps ?
Mais…? Mes ancêtres n’étaient pas français !
Sont-ils allés jusqu’à Tunis voir le consul pour obtenir un visa pour l’Algérie française ?
Et puis, on se dit : « mes ancêtres ne sont pas importants, je ne les trouverai jamais ». Autant chercher une aiguille dans une botte de foin !
Heureusement, les différents Présidents de salle, par leurs compétences et leur entier dévouement, conseillent les nombreux chercheurs français ou étrangers présents dans la magnifique et silencieuse salle de lecture pour qu’ils trouvent rapidement leur bonheur. Ils m’aidèrent évidemment dans ma démarche.
J’y retournais sporadiquement car je ne pouvais pas consacrer plusieurs jours de suite à ces recherches.
Mais l’an dernier, après plusieurs heures de recherche dans des registres de visa de passeports au consulat français de Tunis qui n’en finissaient plus, je décide, pour changer, de commencer à consulter le dernier de la journée en partant de la fin. A peine quelques minutes plus tard, je finis par trouver la fameuse trace tant recherchée en septembre 1847 ! :

Passeport famille Attal Tunis 1847
« Passeport délivré au nommé Elie ATTAL ferblantier, sous lajuridiction du Bey, se rendant à Bône sur le mistih tunisien Santissimo Crocifisso (…) accompagné de sa femme Gzella âgée de 35 ans, de son fils Meshaoud âgé de 11 ans et de sa fille Rahil (Rachel), âgée de 9 ans. »

Houba, houba, hop !!!!! 
Tout correspondait : l’âge de Rachel, le prénom de ses parents et celui de son frère ! Je découvrais en même temps la profession exacte de mon arrière-arrière-arrière grand-père !
Et puis, les mains qui tremblent en frôlant le dit document, une douce chaleur qui part des pieds et qui remonte tout le long du corps, les yeux qui se remplissent de larmes…
Quelle émotion de retrouver cette archive qui dormait là, depuis 169 ans, parmi tant d’autres ! Savoir que mes ancêtres ont été présents à quelques centimètres de ce document (peut-être l’ont-ils touché ?) me procure une sensation étrange : celle qui nous fait rendre compte que ces gens ont existé, qu’ils ont bel et bien été vivants un jour, il y a longtemps. Je sais que nombre d’entre nous ont connu ce moment. Celui où on prend conscience de ses aïeux, ceux qui nous ont précédé, ceux qui nous ont créés.
Je souhaite à chacun de vivre cela au moins une fois dans sa vie de chercheur…
Pour la petite histoire, Elie/Eliaou, le père de Rachel, ne profitera malheureusement pas beaucoup de cette aventure sur les terres algériennes, puisqu’il mourra en 1849, seulement 2 ans après leur arrivée à Bône (voir sa fiche sur mon arbre geneanet).
D’après l’acte de mariage de Rachel en 1855, trouvé sur le site web des ANOM, il avait 65 ans donc né vers 1784 ! Un ancêtre né avant la Révolution française en Afrique du Nord ! Une première pour moi ! De plus, dans le même acte de mariage, il était indiqué que Rachel était née à Bône, un acte de notoriété homologué ayant été remis au maire juste avant…

sortie 6
Extrait de l’acte de mariage de Rachel ATTAL le 12 décembre 1855 à Bône

Je n’arrivais pas à comprendre pourquoi son frère était né à Tripoli de Barbarie (confirmé par son acte de décès en 1908) et pas elle. Maintenant, je connais la vérité !

Grâce à mes recherches, j’ai ainsi pu collecter, au fur et à mesure, des documents que je trouvais intéressants ou simplement beaux, le plus souvent des passeports, mais aussi d’autres, oubliés entre deux liasses que j’estimais important pour d’éventuels chercheurs. J’ai toujours en moi cette envie d’aider les autres chercheurs et de partager mes trouvailles…
Je vous présente donc aujourd’hui une de ces archives trouvée par hasard, car elle a un lien avec le Diplôme Universitaire de Généalogie : la ville de Nîmes ! (mais en fait, il n’y a jamais de hasard en généalogie !)
Il s’agit d’un arrêté, accompagné d’un passeport, issus de la Direction générale de la Sûreté publique, service de Police des Etrangers de la Préfecture du Gard, concernant un certain Samuel Ben Braham ROUAZ.

Le document rappelle les raisons de sa condamnation :

sortie 1

Le Ministère de l’Intérieur,
Vu l’article 7 de la loi du 13-21 novembre
et du 3 décembre 1849 ainsi conçu : « le Ministre
de l’Intérieur pourra, par mesure de police, enjoin-
dre à tout étranger voyageant ou résidant en
France de sortir immédiatement du territoire français
et le faire conduire à la frontière. »;
Vu l’article 8 de la même loi, ainsi conçu :
« Tout étranger qui se serait soustrait à l’exécu-
tion des mesures énoncées dans l’article précédant, ou
qui, après être sorti de France par suite de ce
mesurer, y serait rentré sans permission du Gouverne-
ment, sera traduit devant les tribunaux et condamné
à un emprisonnement d’un mois à six mois.
Après l’expiration de sa peine, il sera conduit
à la frontière. »;
Vu l’arrêt de la Cour d’Assise de Constan-
tine, en date du 17 février 1855 qui a condamné
le n[omm]é Rouaz (Samuel Ben Braham), né à 
Tunis, à 3 ans de prison, pour vol domestique;
Vu le rapport du Préfet du Gard, en date
du 2 décembre courant;
Considérant que la présence de l’étranger
sus-désigné sur le territoire français est de nature
à compromettre la sécurité publique;
Sur le rapport du chef de la Division de Sûreté Publique;

Arrête

sortie 3« Art. 1
Il est enjoint au nommé Rouaz Samuel
Ben Braham de sortir du territoire français,
à l’expiration de sa peine.
Art.2
Le Préfet du Gard est chargé de l’exécution
du présent Arrêté
Paris, le 14 déc[em]bre 1857″

Le 19 janvier 1858, ayant purgé sa peine, l’Empire français délivre alors à Samuel ROUAZ un « Passe-port Gratuit, valable pour un an »sortie 4

« Nous Préfet du Gard,
invitons les autorités civiles à laisser passer et librement circuler de Nîmes département du Gard à Tunis département d'(Afrique)

Le N[omm]é Rouaz (Samuel Ben Braham)
profession de domestique
natif de Tunis département d (Afrique)
demeurant à Constantine (Algérie)
et à lui donner aide et protection, en cas de besoin.
Délivré d’office.
Fait à Nîmes, le dix-neuf janvier 1858 (huit) »

L’avantage de ce document est d’avoir, en plus de l’état-civil du détenteur, sa description physique. Ici, on apprend donc qu’il a 23 ans (donc né en 1835), qu’il mesure 1m60, qu’il a « les cheveux noirs, le front couvert, les sourcils noirs, les yeux bruns, le nez long, la bouche moyenne, sans barbe, le menton rond le visage ovale et le teint coloré. »
Qu’est-il devenu ensuite ? Mystère…Pas de traces de lui, ni sur généanet, ni sur les ANOM.

A côté de ça, j’ai trouvé intéressant de voir l’évolution des en-têtes des passeports déposés au consulat, selon les changements de régime politique en France :

1842 Monarchie de Juillet
1842 – C’est la Monarchie de Juillet mais les fonctionnaires du consulat utilisent encore des documents avec en-tête « République Française ». Notez la devise rayée…
1847 Monarchie de Juillet
1847 – Monarchie de Juillet – Louis-Philippe 1er est roi des français pour encore 1 an
1851 2nde République
1851 – Deuxième République – Louis-Napoléon BONAPARTE est Président
1853 2nd Empire
1853 – L’Empire a remplacé la République. Après son coup d’Etat du 2 décembre 1851, Louis-Napoléon est sacré Empereur un an après jour pour jour sous le nom de Napoléon III
1854 2nd Empire
1854 – La République est définitivement rayée des registres
1855 2nd Empire
1855 – Les passeports sont délivrés « au nom de l’Empereur des français »
1866 2nd Empire
1866 – Napoléon III est tout puissant. Le crayon donne l’échelle des armoiries impériales par rapport au document en lui-même
1875 IIIe République
1875 – L’empire est tombé avec la défaite de Napoléon III en 1870 à Sedan. La IIIème République est proclamée définitivement en 1875. Le fonctionnaire s’est fait un plaisir de bien raturer les armoiries, d’ajouter « Tu es mortel tout vanité » autour de la représentation de Charlemagne, de dessiner un petit drapeau sur la main de justice où il écrit « Dei prifamaes » (pas sûr de la transcription) et d’écrire plusieurs fois « République » en bas de chaque frange.

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Si vous avez un aïeul ayant vécu à l’étranger mais qui avait la nationalité française, vous pourrez alors peut-être trouver sa trace au CADN s’il s’est inscrit auprès de son consulat de rattachement, et cela partout dans le monde !
Sachez que certaines archives ont disparu (guerres, incendies, détériorations par moisissures, bactéries ou tout simplement jetées à la poubelle) et les lacunes sont parfois nombreuses…
Mais tentez le coup ! J’ai réussi à retrouver mes ancêtres, alors pourquoi pas vous ? Ces archives sont une vraie mine d’or !
Information importante : les archives ne sont pas consultables immédiatement comme aux Archives Départementales, il faut les commander avant votre visite ! N’hésitez pas à envoyer un mail en donnant le maximum d’informations que vous détenez. Les agents ne feront pas les recherches à votre place, ils vous diront seulement s’ils détiennent les archives demandées en leur sein. A vous de venir les consulter ensuite sur place, de faire appel au Fil d’ariane…ou de me demander d’aller les photographier pour vous si vous n’êtes pas de la région ^^.
Si j’ai le temps, ça me fera plaisir ! (laissez un commentaire ici si besoin)

Contact :
Ministère des Affaires étrangères – Centre des Archives diplomatiques
17, rue du Casterneau 44000 Nantes
Tél : (33) (0)2 51 77 24 59
Mail : archives.cadn [at] diplomatie.gouv.fr

Billet rédigé par JuLoz (promotion ColNem) 
Généalogiste amateur depuis ses 18 ans, bientôt professionnel, attiré par l'histoire, la géographie et l'héraldique.
Un peu (beaucoup ?) détective privé ou Tintin reporter, ça dépend... 
http:/mesancetres.fr.nf

 

 

 

 

6 commentaires sur “S comme Sortie de Territoire #ChallengeAZ

Ajouter un commentaire

  1. Bonjour Juloz,
    Merci pour cet article qui m’a bien intéressée. J’ai moi aussi des ancêtres installés en Algérie puis en Tunisie dans les années 1880. Je suis déjà allée à Nantes mais n’avait pas pensé à chercher des passeports. pouvez-vous m’aidez car c’est une branche morte. Merci

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