R comme Reprendre ses études (côté professeur) #ChallengeAZ

Tous les six mois, je les vois arriver. Un peu apeurés. Des questions plein les yeux. Au départ, il y a plusieurs groupes : ceux qui sont encore étudiants et ceux qui reprennent leurs études, ceux qui font ça pour le plaisir et ceux qui ont un objectif professionnel derrière, les néophytes (ou qui se présentent comme tels) et les plus aguerris (ou qui se présentent comme tels). Et à la fin de leur année, ils ne font plus qu’un.

Quels qu’ils soient, ils vont tous aborder des matières qu’ils ne connaissent pas. Je sais, nous savons tous que nous allons leur demander beaucoup. Nous savons tous qu’ils vont devoir faire des sacrifices financiers et familiaux. Nous savons tous qu’ils vont devoir jongler avec le temps. Le temps c’est leur Cadbury : « Dis, tu ne pourrais pas le faire un peu plus long ? »

Ils sont ma bouffée d’oxygène, promotion après promotion. Ne croyez pas, j’adore mon métier. C’est une véritable passion. Compliqué comme tous les métiers. Dévorant. Mais une véritable passion. Mais là quand ils envahissent Nîmes…. C’est un vrai déferlement d’envies, de désirs qui nous sautent dessus. Une horde de Huns généalogiques.

Comme eux je me déplace, traînant mes valises dans les halls de gare (quand mes trains daignent être à l’heure). Comme eux, j’ai un autre logement sur Nîmes (la Maison diocésaine, son espace détente, son bureau numéro 3). Comme eux, je peux passer des heures à la B.U, non pas à bûcher mais à discuter des ouvrages à acheter dans ma spécialité, à se demander quels mémoires de quelles années on garde, à lire dans des matières connexes et à me demander ce qui serait intéressant pour eux. S’ils ont l’angoisse du partiel, j’ai l’angoisse de la correction, du barème._76897294_dead-poets-society

Les interrogations qu’ils ont de leurs familles, je les ai aussi :

  • Quand est-ce que tu deviens professeur ? Euh… Je fais quoi à Nîmes ? Non mais un vrai quoi ! Euh… Je suis un vrai professeur, pas maître de conférences peut-être mais un vrai qui prépare ses cours, les donne, corrige des copies, corrige des mémoires. Oui mais avec des élèves ! Et mes étudiants, ce sont qui ? Non mais 18 h/semaine, bien payé et le reste tu le consacres à ta passion. Ce n’est pas ça être professeur.
  • Tu ne peux pas donner les cours sur Albi ? Ben non, le diplôme c’est l’université de Nîmes qui le propose.
  • Généalogiste oui bon d’accord mais…Quand est-ce que tu fais un vrai métier ? Mais c’est un vrai métier ! Inhabituel mais un VRAI métier.
  • Oui mais le successoral cela rapporte plus ! Pourquoi tu ne fais pas du successoral ? Certains clients c’est du quasi-successoral. Oui mais ce n’est pas normal que tu sois payé à la fin ! Ben si c’est une fois que tout le monde est trouvé que la succession se règle, pas avant.

Allez expliquer et motiver ensuite les étudiants qui veulent s’installer comme généalogistes. Heureusement, les freins qu’ils vont avoir de la part de leur famille, je les ai déjà connu ou je les connais. Je peux du coup les aider à les surmonter plus facilement.

Et à chaque fois que je les découvre, les yeux plein d’émerveillement, j’ai envie de les coucouner. Oui je sais, il faut être professionnel, savoir garder une certaine distance avec les étudiants. Oui mais là, je n’ai pas une horde de 300 étudiants anonymes et boutonneux à qui je donne un cours magistral dans un amphi. Ils prennent le cours, ils ne le prennent pas ? Je donne mon cours et eux ils se débrouillent. Non là j’en ai 25 maximum en face de moi. De 18 à 75 ans. Ils sont tous différents. Et je suis LE professeur de généalogie et LE professionnel. Double casquette. Et pas n’importe lesquelles dans leurs attentes. S’ils ont repris leurs études, c’est en grande partie pour la généalogie. Le reste d’accord mais d’abord la généalogie. Je ne vous parle pas de la pression.

Je ne leur apporte pas que de la généalogie théorique. Je leur apporte aussi les valeurs, les qualités du généalogiste. Une certaine spiritualité, comme le dit Fabien : « Dis-moi comment tu cherches et je te dirais qui tu es. »a745e8fce0c8f3df094db8a2482f40ff.462x352x1

Et non je ne suis pas leur professeur principal (comme peut l’être celui du lycée) et comme parfois ils me le disent, je suis le principal de leurs professeurs (celui avec qui ils sont en contact quasi-permanent pendant 6 mois). C’est différent.

Ils sont une source d’inspiration. Ils ont des envies. Il est déjà fini le semestre ? Dites, quand reviendrons-nous ? Dites au moins le savez-vous ? Que tout ce temps qui passe ne se rattrape guère, que tout ce temps perdu ne se rattrape plus.

J’ai la chance de pouvoir poursuivre le contact avec eux, via leurs mémoires d’abord, puis via le groupe Facebook des D.U. Mais ils ont des envies après leur départ de l’université, année après année, et ils poussent :

  • Vous nous faites un MOOC de généalogie ? Alors les matières seront : droit successoral ; psychogénéalogie ; histoire de la Révolution Française à la seconde guerre mondiale ; cartographie ; recherches Internet en généalogie ; apprentissage poussé des logiciels ; écriture des récits familiaux ; généalogie de l’Antiquité et du Moyen Âge ; généalogie dans les pays autour de la France ; généalogie dans les pays de l’immigration et de l’émigration ; PAO et retouche photo ; généalogie protestante et juive ; les archives diocésaines ; paléographie du Moyen Âge ; paléographie des pays étrangers ; histoire de l’évolution de la langue ; géographie historique. Quelqu’un a d’autres idées ? HO ! On se calme ! Pas tous en même temps !
  • On peut revenir en deuxième session ? Un nouveau D.U pour se perfectionner, c’est possible dites ? Alors les matières seront (voir ci-dessus).
  • Et si on montait une association des anciens du D.U ?
  • Quand est-ce qu’on se fait une bouffe, un weekend entier, toutes les promos ensemble ?
  • Qui sera présent pour le salon de généalogie ?
  • On met en place un fil d’Ariane rien que pour nous ?
  • Qui est partant pour un groupe de réflexion consacré exclusivement à la généalogie professionnelle ?
  • Bon, on se le monte ce blog pour le challenge AZ ? Ouf ça c’est fait, c’est bon !

Un projet après l’autre c’est possible ? Non ? Non vraiment pas ? Tant pis j’aurais essayé !

Bon je vais essayer d’y intercaler mes propres projets, mes propres envies en termes de formations. La formation continue et le service TICE de l’université, voyant comment cela fonctionne du feu de Dieu, nous rajoutent les leurs. Du coup, l’administration devient à son tour créative. Les professionnels de la généalogie rebondissent à leur tour. Et on recommence. Ils n’ont pas l’air comme ça, tous craintifs en début d’année à reprendre leurs études, mais ils sont sources d’inspiration.

Ils ne font pas que reprendre leurs études. Ils sont en train de changer leurs vies. Et les nôtres en même temps. Je ne suis plus le même que quand j’ai commencé à donner des cours devant ma première promo :

  • J’ai pris confiance en moi.
  • J’ai formalisé et modélisé mes connaissances.
  • Je suis devenu créatif pour construire des scénarios et varier les techniques d’apprentissage (certaines sont encore en cours d’apprentissage parce qu’ils poussent à apprendre tout le temps).
  • J’ai renforcé ma prise de parole en public et ma gestion des groupes.
  • J’ai développé mon écoute active, mon assertivité.
  • J’ai appris à reformuler.
  • J’ai appris à déléguer, à accepter que les autres fassent différemment de moi.
  • J’ai développé mon leadership et mon charisme, ma communication d’adulte à adulte.
  • Je suis devenu plus pédagogue en établissant des jalons de progrès et en essayant d’avoir de plus en plus un regard objectif sur leurs performances.79c97f7747c86334ae91c1dc495fe1bf-dead-poets-society

Et c’est exaltant de les voir arriver, promotion après promotion. C’est un mouvement perpétuel de créativité qui déferle. Et cela ne peut que nous pousser à nous améliorer, année après année.

A chaque fois, leur présence me manque. Ce temps de grandes vacances qui est aussi un temps de repos côté clients est un grand vide. Il me tarde que septembre reprenne.

Merci à vous tous pour tout ce que vous nous apportez.

Billet rédigé par Stéphane COSSON, généalogiste professionnel depuis 17 ans. Chargé de cours à l'université de Nîmes depuis 6 ans. 
Gentil mais empêcheur de tourner en rond.

3 commentaires sur “R comme Reprendre ses études (côté professeur) #ChallengeAZ

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  1. Par la création d’une association nous retransmettons, conscients de nos lacunes (voir toute votre liste ci-dessus) et avec l’obligation aussi de continuer à nous former. Chez nos adhérents la joie d’une recherche enfin aboutie, là où ils ne cherchaient pas … jusqu’à la prochaine qui bloquera de nouveau.
    FF (Bataclan) plus technique, et moi (Col Nem) plutôt histoire et sociologie, deux générations et un tandem qui nous apporte bien des joies et régulièrement des fous rires en répétant, comme des mantras, vos formules préférées !!.

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