P comme Pierre Justin, du Jura à la Caroline du Sud #ChallengeAZ

« Evadés dans la tempête »

Tout a commencé par un article paru dans le journal du petit village jurassien où se trouve une partie de mes racines. Des cousins portant le même nom que Pierre Justin, sachant que je m’intéresse à la généalogie et que je venais d’obtenir le fameux D.U. de généalogie de l’Université de Nîmes m’ont demandé de faire des recherches.

Ce que je fis avec beaucoup d’intérêt et l’aide d’une camarade du D.U qui a été aux ANOM à Aix pour moi. Qu’elle en soit ici remerciée.

Pierre Justin est le fils de Jean Alexis M. et de Marie Mélanie T. Il est né le 22 juin 1823 au Vaudioux (39) où il exerce la profession de forgeron et où il habite avec sa famille. Cet homme est le frère de mon arrière-arrière-grand-père. Il mesure environ 1, 75 m, a les cheveux bruns, les yeux gris et porte un collier de barbe. Il a épousé Appolonie M. dont il a eu 4 enfants. Catholique, sans aucune fortune, il sait lire mais assez mal écrire. Le 9 octobre 1852, il a été condamné à une peine de 50 francs d’amende par le tribunal d’Arbois pour chasse sans permis.

Mais c’est le 22 avril 1860 que sa vie va changer.

Ce jour-là, un gendarme est tué d’un coup de fusil dans la forêt de Chaux-des-Crotenay. Les investigations révèlent que l’auteur du crime ne peut être qu’un braconnier. Plusieurs individus sont soupçonnés, dont Pierre Justin, réputé pour son caractère violent et son habitude au  braconnage.

Le lendemain du crime, il est arrêté et inculpé de meurtre sur la personne du gendarme et de délit de chasse en temps prohibé.

Le 25 juin 1860, la Cour d’assise du Jura le condamne pour délit de chasse et homicide volontaire, dans le but d’assurer sa fuite et l’impunité de ce délit. Ces deux motifs ont été considérés comme des circonstances atténuantes et lui ont donc évité la guillotine.

Pierre Justin est condamné aux travaux forcés à perpétuité. Il fait donc partie des « transportés » (condamnés de droit commun), en opposition aux « déportés », les prisonniers politiques (comme le capitaine Dreyfus).

Le 24 juillet 1860, il arrive au bagne de Toulon où il se voit attribuer le numéro matricule 12295.

paquetage du bagnard
Paquetage

A son arrivée au bagne, il reçoit un costume composé d’une casaque rouge garance sans bouton ni col et d’un bonnet. La couleur différait selon la nature de la peine : un bonnet vert pour les condamnés à perpétuité et un bonnet rouge pour les condamnés à temps. Pierre Justin reçoit donc un bonnet de couleur verte. Le « paquetage » fourni était également constitué d’une casaque de laine, de trois chemises de toile, de trois pantalons de toile et d’un en laine jaune, d’un gilet de laine rouge et d’une paire de souliers, mais aussi d’une couverture, d’une écuelle et d’une cuillère. A sa cheville est fixée une chaîne d’environ 1,50 mètre de long et de 7 kg.

Le 30 avril 1861, Pierre Justin est détaché de la chaîne et embarque sur « La Cérès » en direction de la Guyane. Le navire de la Marine Nationale y arrive un mois plus tard, le 30 mai 1861.

A bord du transport La Martinière
A bord du transport La Martinière – Francis Lagrange

Pierre Justin M. est débarqué avec ses codétenus le lendemain et est alors interné aux Iles du Salut où il se voit décerner un nouveau numéro de matricule : 9031.

Ces îles étaient réservées par l’administration pénitentiaire pour y incarcérer les détenus nécessitant une surveillance particulière ou ceux enclins à s’évader[1]. Il a sans doute été interné sur l’île Royale, qui abritait les condamnés les plus dangereux, mais aussi des bâtiments administratifs, un hôpital, une chapelle et un cimetière pour les enfants et les femmes des surveillants. L’île du Diable qui avait abrité des lépreux est réservée aux transportés. Plus tard, elle sera réservée aux condamnés politiques. L’île Saint-Joseph est réservée à la réclusion et à l’asile des aliénés[2].

b

Pierre Justin M. est resté plusieurs années dans ces îles et comme il n’a pas tenté de s’évader pendant cette période, l’administration pénitentiaire a décidé de le transférer à Saint-Laurent-du-Maroni, où les conditions de détention étaient moins sévères, le travail plus simple et la nourriture meilleure.

Des Iles du Salut, il est donc transféré à St Laurent le 24 février 1863.

 

Le 4 décembre 1863, le maire du Vaudioux, M. Thévenin, écrit une recommandation pour appuyer la demande de Marie Appolonie et de la mère de Pierre Justin de rejoindre celui-ci à Cayenne. Dans cette missive, le maire insiste sur le fait que la famille ne vit alors que de la charité publique et privée et que la reconstitution de la famille dans une concession de terre en Guyane permettrait à la famille de trouver un moyen assuré de subsistance.

Malheureusement, la fracture d’une jambe de la mère d’Appolonie empêche ce départ. Comme l’atteste une lettre d’un médecin de Champagnole, cette femme âgée de 56 ans ne peut plus subvenir par son travail à ses besoins et est donc à la charge de sa fille.

Appolonie, ne voulant pas la laisser seule, demande plusieurs fois à repousser son départ, ce qui lui est toujours accordé.

Elle ne quittera finalement jamais Le Vaudioux.

Comprenant sans doute qu’il ne verrait jamais sa famille en Guyane, Pierre Justin s’évade de Saint-Laurent- du-Maroni le 7 novembre 1868 mais est réintégré le 13 novembre suivant.

Il s’évade à nouveau de St Laurent quelques jours plus tard, le 30 novembre. Il est rattrapé le 12 décembre et transféré à nouveau aux Iles du Salut le 23 décembre 1868.

Punitions
Avant les évasions, Pierre Justin avait déjà commis quelques forfaits…

c
« Après l’évasion manquée »[3]
Il fait un nouveau séjour à St Laurent à partir du 14 décembre 1871.

La peine perpétuelle de travaux forcés de Pierre Justin est finalement commuée en 20 ans de travaux forcés à compter du 25 juin 1871 par décision du Président de la République.

Il aurait donc dû être libéré en 1880 mais il s’évade à nouveau du bagne de Guyane le 28 septembre 1873. Cette troisième évasion est la bonne.

On retrouve la trace de Pierre Justin M. dans les registres d’état civil du Vaudioux, avec  la transcription du 15 juillet 1876 de son acte de décès. On y apprend qu’il est décédé le 22 janvier 1876 aux Etats-Unis, à Georgetown, Caroline du Sud, à l’âge de 52 ans, des suites de maladie. Il était soigné par le médecin des pauvres et a été enterré aux frais de la ville.

Quel chemin a-t-il emprunté pour se rendre aux Etats-Unis ? Quelle fut sa vie pendant les deux années entre son évasion et sa mort ? Deux questions auxquelles il sera sans doute difficile de répondre…

Billet rédigé par Agnès PAGET (première promotion, diplômée en 2010)
Juriste

[1]              Cf. Site internet : http://gmarchal.free.fr/Le%20Bagne%20de%20Guyane/Iles%20du%20Salut.htm

[2]              Cf. Article La Vie au bagne d’Hélène Taillemine sur http://criminocorpus.revues.org/183

[3]              Les peintures illustrant cet article ont été réalisées par Francis Lagrange (1894 – 1964), peintre condamné à 10 ans de bagne en 1931. Source : voyageenguyane.free.fr

 

Publicités

Un commentaire sur “P comme Pierre Justin, du Jura à la Caroline du Sud #ChallengeAZ

Ajouter un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :