K comme promotion Kiki Joli. Histoire d’une querelle… #ChallengeAZ

Il y a eu, depuis la création du D.U. en 2009, plusieurs promotions, chacune étant désignée par le mode d’enseignement, en présentiel ou à distance, par l’année d’obtention du diplôme, et… par un surnom. Un nom de promo, comme ça se fait souvent.

C’est là que ça coince pour nous, les 16 étudiants qui achevons notre formation ce mois-ci après un semestre passé à la fac Vauban de Nîmes. Nous, nous avons le nom de promo le plus pourri du monde : promotion Kiki joli.

Profitons de ce challenge AZ sur le blog pour laver notre linge sale en famille et donner, surtout, un aperçu de la vie du D.U. : après les cours, il s’en passe, des choses !

Je laisse à Stéphane Cosson le soin de récapituler les faits, en citant son billet de blog du 19 mars 2017 :


Promotion Kiki Joli

Posté le 19 mars 2017 dans Généalogie | par Stéphane COSSON | Aucun commentaire

Cette année sera l’année peluche dans le DU de généalogie de Nîmes. Lors des examens de la promotion Col Nem, les DU à distance, nous avions vu arriver Gégé le nounours mascotte d’un des étudiants qu’il nous a posé près de lui sur sa table pendant tous les examens. Du coup, je lui ai demandé qu’il me mette aussi une image de Gégé sur la couverture de son mémoire individuel. Tant qu’à y être ! Va-t-il le faire ?

Et samedi, nous étions les D.U. présentiels et moi au Café des Arts. Après trois heures de généalogie, à expliquer la monnaie et à organiser les groupes du mémoire collectif ainsi que la méthode d’organisation du travail. un repas convivial était le bienvenu.

Brian et Benjamin, les serveurs, après que nous ayons fait déplacé nos tables pour être plus tranquilles vers un coin de la salle, prennent les commandes des apéritifs. Qui une pression, qui un coca…. Et pour moi un diabolo orgeat. Ils apportent les apéritifs sauf mon diabolo. Pas grave, Brian étant au comptoir, je vais le lui dire pour que nous puissions trinquer tous ensemble. Ce que nous faisons.

Le nom de la promotion n’est toujours pas trouvé. Je tiens à ce que chaque promo ait un nom. Cela renforce la cohésion entre eux pendant l’année. Les généalogistes anonymes ? Les accros ? Les addicts ? Pantagruel ? Rabelais ? Gargantua ? Aucun nom ne ressort vraiment pendant ce petit brainstorming convivial.

La patronne du café, très conviviale, très nature, toujours souriante, arrive pour prendre la commande. Elle m’aime bien c’est important à savoir. Et elle commence donc son entrée par « Mais qu’est-ce qui vous arrive, mon Kiki Joli ? » en s’adressant à moi parce qu’elle m’a vu aller redemander mon apéritif à Brian. Grand éclat de rire à la tablée.

« NOUS AVONS NOTRE NOM DE PROMO !!!!!! » En chœur mais alors vraiment en chœur et à l’unisson. Et ce fut spontané de leur part. Toujours dans un grand éclat de rire.

Elle a bien essayé de rattraper le coup la patronne du café  mais OUPS trop tard ! C’était dit ! J’ai bien essayé aussi : Une autre proposition peut-être ? Non ? Vraiment pas ? On continue le brain-storming ? Non plus ? Bon ben ils seront les Kiki Joli alors (11 à choisir ce nom sur 16, c’est ce qu’on appelle une large majorité) ! Heureusement que j’ai un très grand sens de l’humour !  Cela ne fait pas vraiment sérieux quand vous voyez la peluche.  Mais qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? C’est fait, c’est fait ! Revenir en arrière est impossible !
A quoi ça tient le nom d’une promotion ? A pas grand chose tout compte fait ! Nous avons tenté de leur dire qu’il fallait un nom sérieux : les ColNem ont choisi leur nom dans ce sens pour bien montrer que des généalogistes de toute la France venaient coloniser Nîmes le temps d’un D.U. Mais là… C’est peine perdue.


Peine perdue, peine perdue…

Non non non, nous allons prendre la peine de réexaminer la question.

Alors moi je ne veux pas être pénible, contestataire, jamais d’accord quand tout le monde est satisfait. Brassens disait : « Gloire à qui n’ayant pas d’idéal sacro-saint, se borne à ne pas trop emmerder son voisin » ; ça aurait pu être ma devise, si j’avais eu la place de caser ça sous les armoiries demandées par Mme Raynaud… (ça aurait sans doute eu une certaine allure, brodé d’argent sur un lambrequin de sable, traduit en latin peut-être ? Gloria cui non idealum habet et non te chiare facit. Fin de la parenthèse). Donc, disais-je, je ne veux pas être pénible.

Mais là, quand même !

« Kiki Joli »

Non mais vraiment ?

Qu’il y ait eu une certaine euphorie au Café des Arts, je le veux bien.

Une liesse subitement contagieuse, même, je peux l’admettre.

Un instant d’enthousiasme irréfléchi, sans doute.

Mais doit-on, pour une minute d’égarement, supporter l’humiliation éternelle ? (sujet de philo, z’avez 4 heures…)

Kiki Joli ?

Je m’oppose de toute mon énergie à Kiki !

Je réprouve Kiki !

Je maudis Kiki !

Et Kiki Joli encore plus.

 

Pourquoi se mettre dans un état pareil pour un nom de promo, me demanderez-vous ? Ce n’est pas grave, c’est marrant, et il suffira de ne pas l’utiliser. Sauf que :

Ce nom va apparaître sur le blog de Stéphane Cosson, qui parle souvent de ses étudiants du D.U.

On a vu celui des promotions précédentes dans les revues spécialisées, comme ce fut le cas cet hiver avec l’article de la RFG qui récapitulait les formations en généalogie.

Entre les différentes promos, il sert de repère.

Notre D.U., auquel nous sommes/serons fiers d’avoir été admis, est en pleine évolution : il commence à être connu, a des ambitions à l’étranger, il prend de l’ampleur. (Vive l’ampleur ! Pardon…)

Le nom de promo n’est donc pas quelque chose de complètement insignifiant, secret, privé, qui nous ferait rire entre nous. Il n’est sans doute pas nécessaire de forcément se placer sous l’égide de grands personnages, de se trouver vaniteusement de saints patrons imposants, mais c’est tout de même une identité publique.

Entre nous, étudiants, Stéphane Cosson a raison, c’est aussi un symbole de cohésion, un signe de ce qui nous a unis pendant ces six mois de cours où nous nous sommes retrouvés toutes les semaines, en haut, tout en haut de la fac Vauban.

Et nous, pour nous identifier, nous aurions le nom le plus ridicule qui soit ?

Parce que pire que Kiki, je ne vois pas.

Le Kiki, c’est quand même la peluche qui a hanté les cauchemars des enfants dans les années 1980, l’espèce de singe boudiné qui pelait, le fameux « Kiki de tous les Kiki » qui a quatre mains gauches et un perpétuel air niais.

C’est un nom capable de discréditer tout ce qu’il touche, de jeter l’opprobre où qu’on le trouve.

Faisons un test. Je place Kiki dans les extraits suivants, dites-moi si ça fonctionne.

Pierre_Corneille_2

 Corneille, Le Kikid, tragi-comédie de 1637 :

Don Rodrigue
Ô miracle d’amour !

Chimène
Ô comble de misère !

Don Rodrigue
Que de maux et de pleurs nous coûteront nos pères !

Chimène
Mon Kiki, qui l’eût cru ?

Don Rodrigue
Chimène, qui l’eût dit ?

Chimène
Que notre heur fût si proche, et sitôt se perdît ?

Don Rodrigue
Et que si près du port, contre toute apparence
Un orage si prompt brisât notre espérance ?

Chimène
Ah ! mortelles douleurs !

Don Rodrigue
Ah ! regrets superflus !

 

Margaret Mitchell, Autant en emporte le kiki, 1936 : « Je penserai à cela demain, à Tara. Pour le moment, je n’en ai pas le courage. Demain, je chercherai un moyen de ramener Kiki. Après tout, demain, le soleil brillera encore. »

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Samuel Beckett, En attendant Kiki ?

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Shakespeare, Kiki et Juliette ?

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Cervantes, Don Kikichotte ?

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Rabelais, Les horribles et épouvantables faits et prouesses du très renommé Kiki, Roi des Dipsodes ?

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Proust, A la recherche du kiki perdu ?

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Insupportable, grotesque, scandaleux.

La simple présence de Kiki est un outrage, une provocation, un blasphème. Kiki est le ridicule incarné, il doit être répudié, jeté aux oubliettes, effacé de la langue !

Une fois pour toutes, serrons le kiki au kiki, qu’il agonise et qu’on l’enterre.kiki2.jpg

Ce serait d’autant plus dommage de s’en tenir à ce nom-là qu’il ne rend pas compte de ce qu’est notre promotion, de la particularité de notre groupe. Au mois de mars, nous ne savions pas encore comment nous évoluerions tous ensemble, comment nous arriverions à fonctionner. Ce n’est pas simple, un groupe, surtout quand il est composé de gens aussi divers. Les plus jeunes ont la petite vingtaine, les plus âgés une dynamique cinquantaine. Nos parcours d’études nous ont conduits vers la santé, le management, l’archéologie, la littérature, les ressources humaines, le droit, le tourisme, les archives, etc. Certains étaient débutants et découvraient tout, d’autres plus chevronnés ont su les aider à avancer. Ce D.U. oblige justement à unir nos compétences, à nous appuyer sur les qualités des uns et des autres, à confronter nos approches.

Et nous, ce qui fait notre force, c’est que nous nous entendons bien.

Il y a une vraie chaleur dans notre groupe, une forte cohésion qui nous donne envie de prolonger la journée autour d’un café, qui nous permet de remonter le moral aux angoissées, de rire de nos déboires, de réviser les figures d’héraldique en rigolant comme des tordus quand Aymeric nous mime successivement les lions rampants et les léopards passants lampassés et armés, de nous soutenir quand les notes ne sont pas à la hauteur du travail fourni, quand le mémoire collectif part dans tous les sens et qu’on ne trouve rien, quand il faut tenir bon dans nos vies personnelles tout en mémorisant 150 pages de cours de droit de la famille.

Alors s’il y a un nom de promo, il me semble qu’il faudrait qu’il mette en évidence cette solidarité. Parce que ça, c’est vraiment nous, plus que Kiki Joli.

« Tous ensemble », en latin, ça se dit « Omnes simul ». En occitan, « ensem ».

Ça ne serait pas mieux que Kiki Joli ?

Sauf que…

Ce serait trop simple d’être tous d’accord. Et Stéphane Cosson nous l’a répété : « C’est compliqué, toujours, parce que si c’était simple, ça ne serait pas intéressant. »

Ce nom de promo kitchissime, certains d’entre nous ont fini par y tenir.

Si.

Parce qu’ils ont eu un Kiki quand ils étaient petits et l’aimaient beaucoup, leur Kiki de tous les Kiki.

Parce que c’est M. Cosson qui l’a adopté, et que nous ne sommes pas des rebelles qui remettons en question la parole du professeur.

Parce que ce nom-là, tout pourri qu’il est, a, je cite, « un côté tendre, affectueux et protecteur de la part de notre Maître quand il parle de nous ».

Que voulez-vous répondre à ça ?

Il m’est avis que nous allons encore avoir de grandes discussions pour nos dernières journées aux Archives du Gard…kiki-blanc

Epilogue.

Avant dernière-journée aux archives départementales.

Fermement décidés à trouver un nom de promo, nous listons toutes les propositions au tableau, nous votons, certains hésitent, d’autres manquent d’enthousiasme, quelques-uns choisissent de ne pas voter pour ne froisser personne. Pas convaincus, nous remettons la décision à la fin de l’après-midi. De toute façon, nous sommes d’accord sur une chose : ce n’est pas un nom de promo qui va ruiner notre belle entente et les amitiés qui se forment.

Et puis, au moment de comptabiliser, Mathilde a une illumination : elle nous propose « Nulsifrotte », en référence à l’examen de généalogie, pendant lequel il nous a fallu faire l’arbre de la descendance d’un gars qui portait ce prénom-là.

A l’unanimité des présents, et en espérant que les 3 absents approuveront ce choix, nous adoptons Nulsifrotte.

Kiki Joli est mort, vive Nulsifrotte !

En y réfléchissant, c’est parfait, Nulsifrotte.

Les prénoms bizarres sont toujours une joie pour le généalogiste. J’en veux pour preuve ce billet d’un autre challenge AZ de 2013 :


challenge AZ : N comme Nulsifrotte

Posté le 15 avril 2013 | par Stéphane COSSON |

Dans la série des prénoms bizarre, de type Géminien, Chinian, Naamas, Gauderique ou autre, j’aime beaucoup Nulsifrotte. C’est un prénom que j’ai trouvé pendant la Révolution Française, le prénom d’un enfant abandonné. Je me suis toujours posé la question s’il avait été donné par la mère à cause du père putatif, peut-être quelqu’un de puissant par rapport à elle. Nul s’y frotte, car à mon avis il faut le développer ainsi plutôt que Nul si frotte. On peut imaginer toute une histoire avec ce prénom, sur la manière dont la mère a été séduite, puis abandonnée, les malheurs qu’elle a pu avoir, la perte de son emploi sans doute. Zola ! Hugo ! Venez à ma rescousse ! J’ai besoin d’une histoire bien noire et miséreuse façon Cosette ou Rougon-Macquart ! Nulsifrotte, je le trouve mimi tout plein comme prénom. Du coup, je n’hésite pas à le remployer lorsque je dois donner des exemples avec mes étudiants, que je dois bâtir des arbres généalogiques pour leur expliquer une notion. Dans les prénoms bizarres, je crois que c’est vraiment mon favori.


On a donc des chances que Nulsifrotte ait le même potentiel affectif que Kiki, tout en étant plus original !

Nous y retrouvons aussi un thème dont nous avions parlé en début d’année : la généalogie, nul ne s’y frotte sans en devenir accro, passionné, enthousiaste. C’est bien nous.

Et enfin, attention à ceux qui se frotteraient un peu trop à nous et voudraient nous empêcher de nous consacrer à cette passion : ça va piquer !!!

Billet rédigé par Catherine BEC (promotion Nulsifrotte en présentiel) 
Professeur de Lettres, s'est plongée dans la généalogie depuis l'an dernier, pour trouver un dérivatif à son ennui. Depuis, l'enthousiasme et l'énergie sont de retour

et merci à Sandrine, Emmanuelle, Sandrine, Pascale, Sylvie, Hélène, Mathilde, Sandrine, Claire, Sylvie, Matthieu, Adèle, Laetitia, Saber, et Aymeric pour leur collaboration !

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5 commentaires sur “K comme promotion Kiki Joli. Histoire d’une querelle… #ChallengeAZ

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  1. Ah enfin l’on apprend d’où vient ce surnom de promotion pas plus ridicule que les autres et quand même moins lourd à porter que les Charlie et autre Bataclan, vous l’avouerez!
    Kiki est un petit personnage savoureux (si si je vous assure, j’en ai connu des enfants qui suçaient sa menotte!), et aux yeux ronds ouverts sur le monde. Bref en quelques mots et quelques gestes , la définition même de la généalogie.
    Et puisque Nulsifrotte est sorti des urnes, moi je vous en propose un autre, découvert aussi au décours de la Révolution, quelque part en Provence.
    Je me suis frotté les yeux en le lisant, j’ai relu et je suis partie dans un fou rire.
    Parce qu’appeler un nouveau-né « Elzéar sans culote » (j’insiste sur l’unique « T ») il fallait y penser. Bon c’et vrai que Pampers n’envahissait pas les cours de ferme à l’époque! Où l’on voit bien que le père avait sa carte du parti (sic) et le faisait savoir haut et fort.
    Bon alors, finalement, Kiki joli, quand même, à côté des prénoms révolutionnaires, c’est tendre et charmant!
    Et surtout, n’oubliez pas les Kiki, on vous attend pour les prochains challenges AZ!

    Aimé par 1 personne

  2. A reblogué ceci sur Au Delà Des Racineset a ajouté:
    Au terme d’un semestre mouvementé, mais tellement constructif et riche de savoir, notre nom de promo a fait quelques vagues. Au final le choix d’un prénom apparu dans notre partiel de généalogie qui s’explique par lui-même : Nulsifrotte

    Aimé par 1 personne

  3. Le mot « querelle » me gêne. Pour moi, une querelle a un objet et un enjeu. Comme pour la controverse de Valladolid ou la querelle des Anciens et des Modernes.

    Dans mon ressenti de cette année, il n’y a pas et il n’y a jamais eu de querelle au sujet de ce nom. Il n’y a aucun enjeu, aucune pression à se mettre. Ce n’est qu’un nom qui permet de distinguer une promo d’une autre.
    Un nom de promo, à mes yeux, c’est juste lié à une anecdote vécue par la promo à un moment donné, qu’elle soit tragique, comme les deux attentats avec là volonté de rendre hommage aux victimes, ou plus comique ou personnelle et là liée plus intimement à la promo elle-même.
    Kiki Joli renvoyait à un moment de convivialité, Nulsifrotte au partiel de généalogie.
    L’un comme l’autre me conviennent. C’est votre promotion. A vous le choix. Et cette année cela a toujours été ainsi.

    Aimé par 1 personne

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