I comme Instituteur #ChallengeAZ

Il n’est pas rare de se trouver un ancêtre instituteur au XIXe siècle. Voyons aujourd’hui comment s’en dépatouiller à partir d’un exemple tiré de mes recherches réalisées dans le cadre du Diplôme Universitaire de Généalogie et Histoire des Familles à l’Université de Nîmes.

Pierre le cadet

Pierre GASSION voit le jour le 2 avril 1808 à Arbus, département des Basses-Pyrénées. Il est le 5ème enfant de Jean GASSION et de Rachel PUYOU, tous deux cultivateurs et originaires de cette même commune d’Arbus.

18080402_GASSION_Pierre_N_64_Arbus
Acte de naissance de Pierre GASSION. Source : earchives.le64.fr naissances-mariages-décès, 1807-1812, naissances 1808, vue 11 sur 37

Transcription :
L’an mil huit cent huit et le deux du mois d’avril à
l’heure de midy, par devant nous Pierre Pucheu, maire officier
de l’état civil de la commune d’Arbus, canton de Lescar,
département des Basses-Pyrénées, est comparu le sieur Jean
Gassion âgé de trente sept ans, cultivateur, résidant à la maison
de Gassion de la susditte commune, lequel nous a présenté un
enfant de sexe masculin né de ce jour à huit heures du matin
de luy déclarant et de Rachel Puyou son épouse et auquel il
a déclaré vouloir donner le prénom de Pierre, lesdittes déclaration
et présentation faites en présence de Jean Pourtau âgé de
quarante neuf ans, cultivateur et domicilié Arbus et de Pierre
Bordenave âgé de soixante quatre ans, cultivateur et domicilié
au susdit lieu d’Arbus et ont le père et témoins signé le présent
acte de naissance après qu’il leur en a été fait la lecture.

Arbre_Gassion
Famille GASSION

Les frères et sœurs de Pierre GASSION meurent tous avant l’âge de 10 ans, à l’exception notable du frère aîné de Pierre, Jean-Baptiste GASSION qui se marie et fonde une famille dans le village.

Jean-Baptiste est un aîné et Pierre est un cadet dans le système familial pyrénéen traditionnel connu sous le nom de « système à maison », toujours observé au XIXe siècle dans le sud-ouest de la France.
La notion de maison est plus large que la simple habitation, elle comprend également les terres, le bétail et l’ensemble des possessions de la famille. Chaque membre fait partie de la maison et il doit d’ailleurs en prendre le nom. C’est davantage une notion sociale qu’une simple notion immobilière.

Dans le système à maison, le patrimoine des parents n’est pas divisé de manière égalitaire entre tous les enfants comme on le conçoit actuellement. Il est transmis à un seul et unique héritier, généralement l’aîné, qu’il s’agisse d’un garçon ou une fille. Mais il ne s’agit pas là non plus d’une obligation, un autre héritier peut être choisi en cas d’absence de fils capable, ce peut être un gendre par exemple.

Le statut de cadet ne permet pas à Pierre GASSION de rester, se marier et s’installer dans la maison familiale au côté de la famille de son frère aîné Jean-Baptiste. Deux couples de la même génération ne pourraient vivre sous le même toit.

C’est très certainement la raison pour laquelle Pierre quitte son village d’origine pour s’installer à Pau en tant qu’instituteur.

Arbus
Commune d’Arbus. Source : http://www.arbus.fr/

La carrière d’instituteur de Pierre GASSION

Afin d’en savoir plus sur cet instituteur, consultons aux Archives Départementales un registre indexant tous les instituteurs et institutrices des Pyrénées-Atlantiques au XIXe et début du XXe siècles et dont les dossiers de carrière sont conservés en Série T.

Hélas, aucun Pierre GASSION n’y figure et très peu d’instituteurs ayant exercé avant 1850 y sont inscrits.

C’est finalement Gallica, la bibliothèque numérique de la Bibliothèque Nationale de France, qui permet d’obtenir des résultats plus probants.

Un certain Pierre GASSION apparaît dans le Bulletin universitaire contenant les décrets, règlements et arrêtés relatifs à l’instruction publique, tome V, édité à Paris en 1837.
Il obtient une distinction du Ministre secrétaire d’État au département de l’instruction publique : mention honorable pour l’année scolaire 1836-1837 !

Pierre BAYAUD (1901-1972), ancien Directeur des Archives des Basses-Pyrénées, a présenté en 1964 une étude exhaustive de l’instruction primaire dans son département réalisée au cours de l’année 1833 dans les Actes du 89e Congrès national des sociétés savantes, Lyon, 1964, section d’histoire moderne et contemporaine.

Suite à la loi du 28 février 1833 dite Loi GUIZOT qui porte sur l’organisation de l’instruction primaire, une enquête est réalisée auprès des inspecteurs de l’éducation qui permet de faire remonter un certain nombre d’informations sur l’organisation de l’instruction primaire en France afin d’appréhender le quotidien des instituteurs et de leurs élèves.

L’étude de Pierre BAYAUD donne des détails très intéressants sur l’école primaire dans le département des Basses-Pyrénées. Une somme d’informations savoureuses est recueillie sur le déroulement des enseignements, l’absentéisme des enfants ou des maîtres, les moyens ou plutôt le manque de moyens des écoles, les conditions d’études, les traitements des instituteurs et leur implication à géométrie variable dans le travail.

En 1833, dans le canton Pau-Est, Pierre GASSION est cité comment faisant partie des trois instituteurs les mieux payés avec un salaire de 900 francs.

Les méthodes pédagogiques de l’instituteur du XIXe siècle

L’étude de Pierre BAYAUD décrit également les méthodes d’enseignements et celle qui domine en primaire à l’époque est l’enseignement mutuel. Elle est d’ailleurs largement diffusée en Europe à cette époque.

C’est une pédagogie participative qui incite à l’échange et à l’enseignement à tous les niveaux dans la classe. Les élèves ne sont plus passifs face au maître, ils sont tour à tour moniteurs généraux, moniteurs intermédiaires, moniteur débutants etc. Chacun est apprenant et enseignant selon son niveau, selon la matière. La classe devient active et le maître en est le grand chef d’orchestre.

Bien que les inspecteurs louent et encouragent cette méthode d’enseignement, elle n’est applicable que dans certaines écoles urbaines du département. Elle reste pour le moins anecdotique dans les campagnes.
En 1833, Orthez et Pau sont les deux villes les plus « modernes » du département si l’on juge cette méthode d’enseignement mutuel comme avant-gardiste.

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Maquette de l’école mutuelle réalisée en 2001 par le Musée National de l’Éducation, reconstituant une classe des années 1816-1850
Source : Musée National de l’Éducation

Quels enseignements dispense donc Pierre GASSION à ses élèves de l’époque ?

Les Actes du 89e congrès national des sociétés savantes donnent précisément la réponse ! Dans les écoles paloises du Canton Pau-Est sont enseignés la lecture, l’écriture, le calcul, l’orthographe, le dessin linéaire ou l’arpentage, la géographie, l’histoire de France.

L’école tenue par Pierre GASSION détient les livres suivants : Catéchisme, Grammaire de Noël et Chapsal, Arithmétique de Raynaud.

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La Médiathèque de Pau détient des informations complémentaires sur l’école de Pierre GASSION et les matières qu’il y enseigne. Le journal Mémorial des Pyrénées publie le 9 octobre en 1841 un article sur le déménagement de l’école de Pierre GASSION qui décide de s’installer dans un local plus spacieux à la maison Monge, rue des Côtes de la Fontaine.

En plus des matières évoquées plus haut, d’autres enseignements sont dispensés à son école : compositions françaises telles que les narrations, les lettres, les rédactions historiques, l’étude d’actes passés sous-seing privés (!), « ce qui contribue puissamment à développer l’intelligence et à former le jugement ».

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Quartier Hédas, Côte de la Fontaine à Pau

C’est un prêtre qui a la charge de l’instruction religieuse. On trouve également un professeur d’espagnol et un professeur de dessin. Des cours de français, d’arithmétique et de tenue des livres s’ouvrent à l’attention des élèves qui souhaitent s’orienter vers le commerce.

D’autres cours sont spécifiquement adressés aux futurs enseignants, ce qui pourrait faire penser à une sorte de préparation au concours de l’école normale. Le brevet y est également préparé.

L’offre de formations de l’école est large et diversifiée et probablement à destination d’un jeune public d’un bon niveau scolaire, voire peut-être issu d’un milieu social privilégié. L’article ne le mentionne pas de façon explicite, mais il insiste sur la qualité de l’instruction donnée : « M. GASSION, instituteur à Pau, déjà avantageusement connu par les bons élèves qu’il a formés ».

Il officie tous les jours et le journal nous donne même ses horaires de travail : de 6 heures du matin jusqu’à 8 heures et demie du soir ! Notre instituteur consacre ainsi tout son temps ou presque à sa tâche…

Et l’on peut raisonnablement penser qu’il s’agit là d’une véritable vocation.

Sources :

Billet rédigé par Pascalina DELGARD (promotion Bataclan)
Généalogiste amateur
https://lejourdavant.net

 

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8 commentaires sur “I comme Instituteur #ChallengeAZ

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  1. Très intéressant article, bien documenté, qui permet de replacer l’instruction publique dans sa réalité historique. Enseignement d’une langue étrangère déjà à cette époque, çà fait rêver!

    Aimé par 1 personne

  2. Ayant de nombreux  » hussards noirs de la République » (normaliens), dans mes branches, paternelle et maternelle, je suis moi-même en train de plancher, sur un article les concernant!
    Cet article m’a beaucoup intéressée!

    Aimé par 1 personne

  3. Merci Martine et Michèle pour vos commentaires encourageants. J’ai adoré travailler sur cet instituteur qui en réalité ne l’est pas resté très longtemps puisqu’il a opéré une reconversion dans le commerce de tissus quelques années plus tard. Mais c’est encore une autre histoire ! 😉

    Aimé par 1 personne

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